Plante grimpante mellifère : lesquelles choisir

Un mur nu, une clôture oubliée, une pergola sans vie. Ces surfaces verticales représentent une ressource inexploitée pour les butineuses, à condition de les habiller avec les bonnes espèces. Toutes les grimpantes fleuries ne sont pas utiles aux abeilles. Certaines leur ferment la porte, d’autres leur offrent un festin. Voici comment faire la différence et composer une verticale mellifère qui travaille pour vous, du printemps jusqu’à l’automne.

Ce que « mellifère » veut vraiment dire pour une grimpante

Une plante est mellifère lorsqu’elle produit au moins une des substances dont les abeilles ont besoin : nectar, pollen ou miellat. Mais la présence de fleurs ne suffit pas.

La morphologie florale joue un rôle décisif. Certaines grimpantes ont des corolles trop profondes ou trop étroites pour qu’Apis mellifera puisse y accéder. Les bourdons, avec leur langue plus longue, s’en sortent mieux. Les papillons aussi. L’abeille domestique, elle, a ses contraintes anatomiques propres.

Un autre piège concerne les variétés horticoles à fleurs doubles. Elles ont été sélectionnées pour leur abondance de pétales, au détriment du nectar et du pollen. Elles attirent l’œil mais laissent les pollinisateurs à jeun.

Penser la floraison de mars à novembre

La vraie intelligence d’un jardin mellifère vertical, c’est la continuité de ressources. Une seule grimpante en fleurs deux semaines en mai, c’est insuffisant. L’objectif est de couvrir la saison apicole presque sans interruption, en associant des espèces dont les périodes de floraison se succèdent.

Le printemps : glycine et rosiers grimpants

La glycine (Wisteria sinensis) est parmi les premières à offrir du nectar, dès avril. Ses longues grappes mauves sont butinées activement, surtout par temps doux et ensoleillé. Elle exige un support solide et une taille régulière pour rester maîtrisée.

Le rosier grimpant à fleurs simples complète bien cette fenêtre printanière. Il est important de distinguer les variétés à fleurs simples, accessibles, des hybrides thé à fleurs doubles qui ne produisent pratiquement plus de ressources utiles.

L’été : chèvrefeuille et clématite

Le chèvrefeuille (Lonicera periclymenum) est sans doute la grimpante mellifère la plus généreuse de l’été. Sa floraison s’étale de juin à septembre, parfois au-delà. Il produit beaucoup de nectar, surtout en fin de journée. Son parfum intense attire aussi les abeilles de loin.

La clématite des haies (Clematis vitalba) offre pour sa part une abondance de pollen très apprécié. Ses petites fleurs blanches en étoile sont parfaitement accessibles aux abeilles domestiques, ce qui n’est pas le cas de toutes les espèces du genre. Clematis flammula, parfumée et prolifique, mérite également une place.

L’automne : le lierre, trésor méconnu

Le lierre commun (Hedera helix) est injustement boudé. Pourtant, il fleurit à contre-saison, de septembre à novembre, à un moment où les sources de nectar se raréfient dangereusement pour les colonies.

C’est une ressource stratégique pour les apiculteurs : les abeilles butinent les petites ombelles jaune verdâtre avec ardeur, constituant leurs réserves avant l’hiver. Associer le lierre à des grimpantes printanières et estivales crée une continuité de ressources sur pratiquement toute la saison.

Les espèces incontournables, de près

Le lierre (Hedera helix)

Intérêt apicole : nectar et pollen abondants, floraison automnale unique. Conditions : tolère toutes les expositions, y compris l’ombre profonde. S’accroche seul grâce à ses crampons adventifs, sans support particulier. Point pratique : ne pas confondre avec les formes adultes ligneuses, qui fleurissent, et les formes juvéniles qui rampent sans fleurir pendant des années.

Le chèvrefeuille (Lonicera spp.)

Intérêt apicole : nectar très accessible, production prolongée sur plusieurs mois. Conditions : mi-ombre à soleil, sol frais. Grimpe en s’enroulant autour des supports, nécessite un treillis ou des fils tendus. Point pratique : Lonicera periclymenum (chèvrefeuille des bois) et Lonicera japonica sont les plus intéressants pour les abeilles. Éviter les hybrides ornementaux à fleurs stériles.

La glycine (Wisteria sinensis)

Intérêt apicole : bon apport en nectar au printemps, période où les colonies sont en pleine croissance. Conditions : plein soleil indispensable pour une floraison abondante. Croissance vigoureuse, peut devenir envahissante. Point pratique : la glycine met plusieurs années avant de fleurir après plantation. La patience est de mise.

La clématite (Clematis vitalba, C. flammula)

Intérêt apicole : excellent apport en pollen, fleurs largement ouvertes et accessibles. Conditions : tête au soleil, pieds à l’ombre. Sol frais et bien drainé. Point pratique : Clematis flammula est particulièrement généreuse et parfumée. Elle s’étale beaucoup, idéale pour couvrir une grande clôture.

L’hydrangéa grimpant (Hydrangea petiolaris)

Cette espèce mérite d’être connue davantage. Elle fleurit en juin, avec de larges corymbes blanches dont les fleurs fertiles centrales sont butinées régulièrement. C’est l’une des rares grimpantes mellifères qui s’accommode d’une exposition au nord.

Intérêt apicole : modeste mais réel, surtout en milieu urbain où l’offre florale est limitée. Conditions : mi-ombre à ombre, s’accroche seul comme le lierre.

Le rosier grimpant à fleurs simples

Intérêt apicole : pollen genereux, accessible lorsque les fleurs sont simples (5 pétales). Conditions : plein soleil, sol enrichi. Demande un support solide et une taille annuelle. Attention : n’acheter que des variétés à fleurs simples ou semi-doubles pour garantir l’intérêt mellifère.

Choisir selon le support et l’exposition

Toutes les grimpantes ne grimpent pas de la même façon, et ce détail change tout à l’installation.

Les accrocheurs autonomes, comme le lierre et l’hydrangéa, se fixent d’eux-mêmes sur les murs rugueux grâce à leurs crampons. Aucun support n’est nécessaire, mais les murs doivent être sains car ils retiennent l’humidité.

Les enrouleurs, comme la glycine et le chèvrefeuille, s’enroulent autour des supports. Ils ont besoin de treillages, de câbles ou de pergolas. Attention à leur force : une glycine adulte peut déformer un treillage léger.

Les sarmenteuses, comme les rosiers grimpants, ne grimpent pas vraiment seules. Leurs tiges arquées doivent être attachées manuellement à un support.

Pour une exposition nord, seuls le lierre et l’hydrangéa grimpant sont vraiment à l’aise. Pour un mur plein sud, la glycine, le rosier et la clématite donneront leur meilleur.

Composer un corridor mellifère vertical

L’idée est simple : traiter une surface verticale comme on traiterait une bordure au sol, en superposant des espèces à floraisons complémentaires.

Un exemple concret sur une clôture de cinq mètres orientée sud :

  • Glycine à une extrémité pour le printemps
  • Chèvrefeuille au centre pour l’été
  • Lierre à l’autre extrémité pour couvrir tout le reste de l’année

Ce principe de floraison en relais garantit que la clôture n’est jamais entièrement stérile d’un point de vue apicole. Il crée aussi un habitat en hauteur pour certains insectes auxiliaires.

Ce qu’il vaut mieux éviter

Quelques grimpantes séduisantes sur le papier offrent peu ou rien aux abeilles.

La vigne vierge (Parthenocissus tricuspidata) est souvent citée comme mellifère, mais son intérêt est très limité pour Apis mellifera. Elle est surtout utile à d’autres pollinisateurs.

Les clématites hybrides à grandes fleurs du commerce, très prisées pour leurs coloris, ont souvent une production de nectar nulle ou quasi nulle. Leurs fleurs spectaculaires ne servent à rien de ce point de vue.

De façon générale, plus une fleur est compliquée, découpée, chargée en pétales ou en étamines transformées en pétales supplémentaires, moins elle est utile aux butineuses.

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Alexandra
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