Plantes mellifères vivaces pour nourrir les abeilles

Certaines plantes fleurissent une saison, puis disparaissent. Les vivaces, elles, reviennent. Chaque printemps, sans qu’on les replante, elles reforment leurs touffes, leurs tiges et leurs fleurs. Pour les abeilles, c’est une source fiable qui s’installe dans la durée. Pour l’apiculteur ou le jardinier attentif aux pollinisateurs, c’est un investissement qui se bonifie avec les années.

Ce qui rend les vivaces si précieuses pour les butineuses

Une annuelle consomme de l’énergie à chaque plantation. Elle est vulnérable, souvent fragile la première saison, et doit être remplacée chaque année. Une vivace bien implantée, elle, développe un système racinaire profond qui lui permet de fleurir plus généreusement au fil du temps.

Pour les colonies d’abeilles, cette fidélité végétale a une valeur réelle. Les butineuses mémorisent les sources de nectar. Quand une plante est présente au même endroit d’une saison à l’autre, les éclaireuses transmettent l’information à la colonie plus efficacement.

Un massif de vivaces mellifères bien pensé devient une véritable ressource pérenne pour le rucher environnant.

Penser le calendrier avant de choisir ses plantes

L’erreur la plus fréquente est de sélectionner des plantes uniquement pour leur beauté ou leur réputation mellifère, sans réfléchir à leur période de floraison. On se retrouve alors avec un jardin spectaculaire en juin et vide de ressources en août ou en octobre.

Les abeilles ont besoin de nectar et de pollen de mars à novembre environ. Il existe des creux mellifères bien identifiés : la fin du printemps après la floraison des fruitiers, le coeur de l’été si les espèces sont mal choisies, et l’automne avant la mise en hivernage.

Choisir ses plantes mellifères vivaces en pensant à couvrir ces périodes creuses est bien plus utile qu’accumuler des espèces qui fleurissent toutes en même temps.

Les meilleures plantes mellifères vivaces, saison par saison

Au printemps : les premières ressources

Le réveil de la colonie est exigeant. Les abeilles sortent en nombre, mais les ressources sont encore rares.

La pulmonaire (Pulmonaria officinalis) est l’une des premières vivaces à offrir du nectar, dès février ou mars. Ses fleurs tubulaires, d’abord roses puis bleues, sont fréquentées par les bourdons et les premières abeilles.

L’ancolie (Aquilegia) fleurit en avril et mai. Ses éperons contiennent du nectar accessible aux insectes à longue trompe. Elle se ressème facilement et colonise progressivement les coins ombragés ou mi-ombragés du jardin.

La sauge des prés (Salvia pratensis) est une vivace robuste qui démarre tôt et qui attire en particulier les bourdons et les abeilles charpentières. Elle tolère les sols secs et calcaires, ce qui la rend précieuse dans les régions méridionales.

Le népéta (Nepeta x faassenii) est souvent sous-estimé. Il commence à fleurir en mai, parfois avant, et ses fleurs bleu lavande sont butinées avec une constance remarquable. Il a également l’avantage de refleurir si on le coupe après une première floraison.

En été : le coeur de la saison

L’été est la période de grande activité des ruches. Les vivaces ci-dessous sont particulièrement recommandées pour soutenir le butinage pendant les mois les plus chauds.

La lavande (Lavandula angustifolia) reste une référence. Son nectar est abondant, riche en sucres, et les abeilles la visitent avec une intensité que peu d’autres plantes égalent. Elle fleurit de juin à août selon les variétés et supporte la sécheresse.

L’agastache (Agastache foeniculum ou rugosa) est l’une des vivaces les plus mellifères qui soit. Ses épis dressés, parfumés, sont butinés du matin au soir pendant de longues semaines. Elle pousse vite, résiste à la chaleur et se comporte bien en pot.

La monarde (Monarda didyma ou fistulosa) offre ses grandes fleurs tubulaires de juillet à septembre. Elle est appréciée aussi bien par les abeilles domestiques que par les abeilles sauvages et les bourdons. Elle préfère les sols frais et mi-ombragés.

L’échinacée (Echinacea purpurea) fleurit de juillet à septembre. Ses capitules légèrement bombés sont fréquentés par de nombreux pollinisateurs. Elle est robuste, rustique et supporte les étés secs une fois bien installée.

La scabieuse (Scabiosa) est une vivace discrète mais extrêmement efficace. Ses fleurs légères, portées sur de longues tiges souples, sont riches en nectar et accessibles aux petites abeilles et aux syrphes.

En automne : maintenir les ressources avant l’hivernage

L’automne est souvent négligé dans les plantations mellifères. Pourtant, les abeilles continuent de butiner jusqu’aux premières gelées pour constituer leurs réserves de miel.

L’aster (Symphyotrichum ou Aster) est la plante phare de cette période. Il fleurit de septembre à novembre selon les espèces, offrant nectar et pollen aux abeilles et aux papillons migrateurs. Les variétés à petites fleurs sont généralement plus accessibles que les grandes variétés horticoles.

Le sédum (Sedum spectabile ou Hylotelephium) fleurit en août et septembre. Ses larges corymbes rose vif sont couverts d’insectes par beau temps. C’est une plante extraordinairement résistante, qui supporte la sécheresse et les expositions plein soleil.

L’érigeron (Erigeron karvinskianus) est une petite vivace discrète qui fleurit presque sans interruption de mai à octobre si les conditions lui conviennent. Ses minuscules fleurs blanches rosées attirent de nombreuses petites abeilles sauvages.

Ce qu’il faut savoir avant de planter

Adapter le choix au contexte du jardin

Il n’existe pas de liste universelle. Une lavande se comportera très bien en terrain calcaire et sec, mais souffrira en sol argileux et humide. Une monarde prospérera en sol frais mais dépérira dans un massif exposé au plein soleil du midi.

Avant de choisir, il vaut mieux observer l’exposition, la nature du sol et les conditions climatiques locales. Mieux vaut trois espèces bien adaptées à son jardin que dix espèces qui peinent à s’installer.

Méfiance envers certaines variétés horticoles

C’est un point souvent omis dans les conseils de jardinage : de nombreuses variétés sélectionnées pour leur aspect ornemental ont perdu une grande partie de leur intérêt mellifère.

Les fleurs doubles, les pétales surabondants, les corolles fermées ou les variétés à fleurs géantes sont souvent stériles ou d’accès difficile pour les abeilles. Les insectes ne peuvent pas atteindre les étamines ou le nectar.

En pratique, il vaut mieux privilégier les espèces botaniques ou les variétés proches de l’espèce sauvage. Une lavande ‘Hidcote’ ou ‘Vera’ sera toujours plus mellifère qu’une lavande à fleurs doubles.

La plantation et l’entretien

Le meilleur moment pour planter des vivaces est le printemps ou le début d’automne, quand la chaleur est modérée et les pluies plus fréquentes.

À la plantation, un arrosage abondant est nécessaire même si le sol est humide. Il permet aux racines d’entrer en contact avec la terre environnante. Ensuite, un paillage au pied des plantes limite l’évaporation et réduit les besoins en arrosage.

La plupart des vivaces mellifères n’ont pas besoin d’apports importants en engrais. Un sol trop fertile favorise la végétation au détriment de la floraison. La division des touffes tous les trois ou quatre ans rajeunit la plante et permet de multiplier gratuitement ses espèces préférées.

Supprimer les fleurs fanées en cours de saison encourage souvent une deuxième vague de floraison, notamment sur le népéta, la lavande ou l’agastache. En automne, il est préférable de laisser les tiges en place jusqu’au printemps : elles offrent un abri aux insectes auxiliaires et protègent les couronnes des gelées.

Partagez votre amour
Avatar photo
Alexandra
Articles: 225